Splendeurs sculptées et symbolisme sacré, les détails des portails de la cathédrale

Chaque face, chaque pierre du vénérable édifice n’est pas seulement une page de l’histoire du pays, mais encore une page de l’histoire de la science et de l’art. »

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris

Un édifice aux milles visages

La cathédrale Notre-Dame de Paris s’élève comme un phare spirituel au cœur de la cité, ancrée solidement dans l’histoire tumultueuse de la France, témoin privilégié des gloires et des désastres de la nation. Véritable chef-d’œuvre du gothique français, elle incarne dans ses pierres et ses sculptures l’apogée de l’art médiéval. Ses arcs-boutants, ses contreforts massifs et sa flèche, reconstruite fidèlement après l’incendie de 2019, révèlent une architecture toute en élévation, tendue vers le ciel comme une prière immobile.

Les extérieurs de la cathédrale ne se limitent pas à une prouesse technique ou esthétique : chaque pierre raconte une histoire, chaque figure sculptée porte un message théologique précis. Les façades latérales de Notre-Dame, aux portails Saint-Étienne et du Cloître, offrent une contemplation sur la vie des saints et l’histoire du salut chrétien, tandis que la porte Rouge nous introduit à la royauté du Christ et à la Vierge Marie. C’est toutefois sur la façade occidentale que l’on découvre l’apogée du génie sculptural médiéval à travers trois portails majeurs : le portail Sainte-Anne, le portail de la Vierge et le majestueux portail du Jugement Dernier.

Le portail Sainte-Anne : mémoire et héritage du roman

Situé au sud de la façade occidentale, le portail Sainte-Anne est le plus ancien des trois, réutilisé vers 1200 à partir d’un portail plus ancien datant des années 1145-1155 et initialement situé sur la cathédrale Saint-Étienne. Il illustre l’enfance et la jeunesse de Marie à travers des scènes tirées des évangiles apocryphes et de l’Évangile de saint Luc : sa conception miraculeuse par ses parents Joachim et Anne, son éducation au temple dans la piété et la sagesse, son mariage providentiel avec saint Joseph, ainsi que l’Annonciation (l’annonce faite à Marie par l’ange Gabriel qu’elle concevra Jésus par l’action du Saint-Esprit), la Visitation (rencontre avec sa cousine Élisabeth), la Nativité (naissance de Jésus à Bethléem) et l’Adoration des mages (visite des sages venus d’Orient pour honorer Jésus).

Le tympan présente la Vierge en majesté tenant son fils Jésus. Deux linteaux en dessous montrent les mariages de Joachim et Anne, puis de Marie et Joseph. Les piédroits arborent des hauts-reliefs représentant des personnages clés de l’Ancien Testament tels que le roi Salomon, la reine de Saba et le roi David, dans un style caractéristique de la sculpture romane, hiératique et solennelle.

Le portail de la Vierge : louange mariale et élévation spirituelle

Le portail de la Vierge, situé au nord, fut sculpté entre 1210 et 1220. Dédié spécifiquement à la Vierge Marie, à laquelle la cathédrale elle-même est consacrée, il évoque avec finesse les derniers moments de sa vie : la Dormition (mort paisible et sereine entourée des Apôtres), son Assomption au ciel (élévation miraculeuse de Marie corps et âme) et son Couronnement par le Christ comme Reine des Cieux. La statue centrale du trumeau représente la Vierge à l’Enfant, entourée sur les ébrasements par les statues de saints protecteurs tels que saint Étienne et saint Denis.

Le tympan, hautement symbolique, figure le couronnement de la Vierge par Jésus-Christ, soulignant sa prééminence comme mère de l’Église. Les deux linteaux inférieurs illustrent la Dormition entourée des apôtres, tandis que les prophètes de l’Ancien Testament veillent au-dessus. Les voussures, peuplées d’anges, complètent cette célébration sculptée de la Mère divine.

Le portail du Jugement Dernier : le triomphe du Christ et l’espérance du salut

Au centre de la façade principale, le portail du Jugement Dernier, sculpté entre 1220 et 1230, déploie une iconographie riche issue de l’Évangile selon saint Matthieu (chapitre 25). Le tympan présente un Christ en majesté (représentation du Christ triomphant et glorieux sur son trône céleste), réalisé en bas-relief, siégeant au-dessus de la Jérusalem céleste. Deux anges, tenant respectueusement les instruments de la Passion (la lance, les clous et la Croix), encadrent le Christ.

Un registre inférieur met en scène la résurrection des morts et la pesée des âmes, symbole du jugement divin. Les voussures représentent la cour céleste, tandis que les piédroits figurent la parabole des vierges sages et des vierges folles. Le trumeau porte le Christ enseignant, inspiré par le « Beau Dieu » d’Amiens restauré par Viollet-le-Duc, écrasant l’aspic et le basilic, symboles du mal. Les douze apôtres sont reconnaissables par leurs attributs dans les ébrasements, accompagnés d’allégories représentant les arts libéraux et la théologie, soulignant la portée universelle du Jugement.

Une leçon de pierre, une prière universelle

Les portails de Notre-Dame ne sont pas seulement des trésors artistiques et historiques ; ils sont une pédagogie sculptée, une théologie rendue accessible à tous. Par leur iconographie raffinée et leurs symboles éternels, ils parlent aux fidèles comme aux simples visiteurs, rappelant sans cesse le destin commun de l’humanité, sa fragilité face au divin et son espoir éternel de salut.

Alors que la cathédrale Notre-Dame de Paris s’apprête à rouvrir ses portes, ces portails restaurés redeviennent des seuils spirituels, prêts à accueillir de nouveau les pèlerins du monde entier dans une communion renouvelée avec l’histoire, l’art et la foi.

(c) Yannick Boschat; Marie-Christine Bertin